4 - Sentence

Publié le par Lyskald

Avec un jour de retard, voici la nouvelle du jeudi publiée ce vendredi. Cette dernière est un peu plus longue que d'habitude.


Sentence

 

Porte de Saint-Cloud. 10h54. Héler un taxi à la manière des hommes pressés de la Grande Pomme. Pas très concluant. Elle monte dans le premier de la file stationné près de la borne des taxis.

-         Bonjour, Place de l’Opéra, s’il vous plaît.

-         Vous voulez passer par les quais ?

-         Hmm, pourquoi pas…

Le compteur a déjà quelques euros au compteur, la voiture s’engage dans le rond point. Elle devient absente et n’écoute pas le silence du chauffeur. Ses yeux se perdent dans la Seine qui se meut tranquillement laissant de marbre les larges péniches amarrées. L’eau a toujours ce refrain apaisant, qu’elle coule en milieu urbain ou rural. Mais elle, dans la voiture, n’est pas apaisée. Soucieuse du rendez-vous de 11h30, elle se demande quelles seront les conclusions du spécialiste. Moins elle essaye d’y penser, plus ça l’obsède.

-         Cela fera 16 euros 40.

-         Merci, au revoir.

Elle quitte le taxi et s’engouffre dans une des rues adjacentes de l’Opéra. Au loin, elle aperçoit les immeubles des Galeries Lafayette, elle se dit qu’il ira y faire un tour après sa consultation. 11h25, elle est un peu en avance.

 

La salle d’attente est vide, le coin journaux envahi d’hebdomadaires économiques. Elle regarde les murs d’un blanc saumoné, chacun affichant une œuvre contemporaine ou abstraite, souvent du Kandinsky. 11h32, une porte s’ouvre, le docteur la reçoit.

 

-         Bonjour Mlle Massonet, j’ai vos résultats. Ce n’est jamais facile d’annoncer ce genre de choses mais sachez que les progrès de la science permettent aujourd’hui des miracles.

Engoncée dans son fauteuil, elle écoute les yeux en alerte sur les papiers nonchalamment étalés sur le bureau, cherchant son nom et une possible indication de ce que va lui annoncer le spécialiste.

-         Bien, je ne vais pas y aller par quatre chemins, Mademoiselle. Il vous faudra du temps pour accepter cet état de fait. Je serais là pour vous conseiller au besoin. Les analyses sont sans appel, je veux dire par là qu’il n’y a pas d’erreur. Vous êtes infertile. Ou stérile si le terme est plus clair pour vous.

L’annonce résonna dans sa tête comme une sentence, un jugement irréversible. Elle n’écoutait plus, même n’entendait plus le discours, se voulant rassurant mais néanmoins monotone, du médecin. Une bulle d’espoir qui avait éclaté en elle. Elle se sentait dépossédée.

 

Sortant du cabinet, elle regarda au loin les Galeries Lafayette puis l’agitation des rues. Tout avait changé alors que les gens étaient les mêmes. Elle se risqua à aller dans le grand magasin en s’abreuvant du trop d’articles proposés. Machinalement, elle alla au rayon layette. Elle n’y allait jamais avant, elle n’était pas sûre de n’avoir jamais voulu un enfant, trop occupée par sa réussite sociale. Désormais, c’était son but alors que les chances étaient à réduites à néant. Un petit blondinet, haut comme trois pommes, la bouscula. Il jouait à cache-cache avec sa mère dans les rayons. Elle quitta le magasin et partit se réfugier dans la bouche de métro. Elle prit le premier qui arriva. En face d’elle, une grand-mère tenait vigoureusement son sac de courses. Elle analysa ses a priori. Pourquoi l’avait-elle désigné en tant que grand-mère, après tout, ce n’était peut-être qu’une vieille. Elle s’imagina à sa place, une simple vieille dont l’avenir n’aura pas de suite.

 

***

Publié dans Webserial

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nadia-vraie 27/02/2008 23:03

je te le remets mais je ne fais pas suivre ailleurs car pas le temps. byebyela guerre des bisous au chocolat est déclarée! en voilà pour toi!.................... ...ღbisous.................... ......ღbisous.................... ...........ღbisous.................... .............ღbisous.................... .............ღbisous.................... ..........ღbisous.................... .....ღbisous..................ღbisous.............ღbisous.........ღbisous.....ღbisous...ღbisous.ღ.................. ...........ღ....ღbisousღ................... .......ღ...........ღbisous.ღ.................. ....ღ............... .ღbisous..ღ................. ..ღ................. .ღbisous...ღ................ .................... ღbisous.....ღ.............. ..................ღbisous........ღ........... ..............ღbisous...........ღ........ ...........ღbisous..............ღ..... .........ღbisous..................ღ. ......ღbisous.................... .ღ..ღbisous

Lyskald 28/02/2008 09:59

Merci pour ce retour à l'envoyeur Nadia :)

blizzard 27/02/2008 21:49

Triste texte mais très bien écrit. Cela doit être horrible à entendre...

Lyskald 28/02/2008 10:00

Merci de ta visite Blizzard. Je t'ajoute dans ma liste des visiteurs :)

nadia-vraie 27/02/2008 21:27

merci de ton passage Lyskald,il y a longtemps que je ne t'avais pas vu mais le principal est que tu sois revenu me voir et je l'apprécie.On est tous débordé et ça il faut le comprendre.Ton blog est bien mais pour moi trop clair,il me fait mal aux yeux,mais le principal c'est que toi tu l'aimes.Bonne journée Lyskald et A+

Lyskald 27/02/2008 21:36

Je suis désolée qu'il te fasse mal aux yeux, j'espere que cela ne t'empechera pas de venir me voir de temps en temps, douce soirée Nadia :)

alaligne 27/02/2008 16:48

Pour répondre à ton com, je te recommande le livre de Sylvie Chermet--Carroy "Ce que révèlent vos gribouillis" édité au courrier du livre... ce n'est pas de la grapho, mais la technique d'interprétation est proche.Quant à ta nouvelle, je partage le sentiment tistounet des autres coms, mais bon toutes les nouvelles ne sont pas roses ;)Bises

Lyskald 27/02/2008 19:46

Merci du conseil Alaligne :) J'irais chercher ce bouquin. En effet, les nouvelles peuvent avoir aussi la couleur des larmes... un peu bleutées. Bises :)

E-Lio 24/02/2008 11:13

Coucou Lyskald...Et bien cette nouvelle est un peu triste et je suis un peu moins enthousiaste pour cette fois mais ce n'est que partie remise... à jeudi prochain donc !!

Lyskald 27/02/2008 10:25

Oui, elle n'est pas très gaie.