Promenade (2/4)

Publié le par Lyskald

Voici la seconde partie de ma nouvelle Promenade. Si vous n'avez pas lu la Première partie, vous pouvez la lire en cliquant ici.

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Promenade
Deuxième partie



Mais la petite esplanade, qui pourtant se traversait rapidement, lui offrit de larges horizons, gorgés d’ombres disparaissant aussitôt qu’elles s’étaient esquissées. Son cœur avait ce tempo irrégulier qui menace à chaque battement de s’arrêter net.

Il monta alors du dernier escalier, celui qui rejoint la petite esplanade à la place des Arceaux, des voix euphoriques et traînantes, emmêlées dans le claquement saccadé de pas francs et entiers. La promeneuse eût un sursaut, stoppa sa marche frénétique, son cœur sembla s’éteindre un moment et son écoute se fit plus minutieuse.

Ils étaient plusieurs hommes à se raconter leur même soirée. Les tons variaient mais le rire suivait toujours en guise d’acquiescement. Bien qu’elle ne les vît pas, elle douta d’une allure patibulaire. Malgré cela, elle fonça se cacher derrière une des arcades des Arceaux qui enjambaient la petite esplanade pour s’accoler au château d’eau.

Ils arrivèrent désinvoltes, quelques uns s’écartant pour faire de grands gestes avant de s’agglutiner au groupe pour se taper dans le dos. Elle ne les lâchait pas du regard et craignant qu’ils ne la remarquent, elle recula d’un mètre. Finalement, ils accédèrent à la grande esplanade et disparurent derrière le muret.

Un brin de paranoïa l’avait transie jusqu’à cet instant où elle ressortit de sa cachette en soufflant un bon coup. Ce n’était rien que des passants prenant le raccourci du Peyrou, toutefois l’idée qu’ils ne l’avaient pas vue la rassura grandement. Elle s’était montée la tête toute seule, voilà tout.

C’est presque sereinement qu’elle se remit en route pour rentrer chez elle. Ses pas étaient moins chaotiques, sa marche plus détendue. Au palier du troisième et dernier escalier, elle dédaigna la lumière saumonée des lampadaires pour se retourner et contempler, juste d’un regard un peu prolongé, les arbres ébouriffés de cette esplanade puis les hauts murs bloquant l’horizon qui ne laissent entrevoir que le dôme du château d’eau.

Son sac vibra au creux de son dos pendant un quart de seconde. Agacée, elle le fouilla pour trouver son portable qui continuait à tout faire trembler à l’intérieur. Une fois en main, trop tard. L’écran affichait déjà « appel en absence ». Elle questionna alors la reconnaissance de numéro, mais apparemment le numéro était inconnu. En dernier recours, elle appela sa boite vocale et effectivement, on y avait laissé un message.

Bizarrement, la voix ne lui était pas familière. Rauque et posée, elle ne dégageait qu’une seule émotion, celle de son contraire. Dans le théâtral, comme glissant sur l’extase d’un souffle monotone, le succinct message délivré par un inconnu sembla plus obscur encore.

« Les mythes peuvent parfois être réalité. L’eau ne bannit pas toujours le feu. »

Rangeant machinalement le mobile dans son sac, ses sourcils se froncèrent et son regard se perdit ailleurs, s’échappant dans une autre dimension. Elle répéta dans sa tête les mots entendus plus tôt en essayant de décortiquer tous les éléments. Elle comprenait ce que cela voulait dire mais pas ce que cela impliquait. Le but, la conséquence, le sens caché lui étaient complètement étrangers, la métaphore trop abrupte.

En dévisageant les nuages muets qui flottaient comme une chape de plomb au-dessus d’elle, elle se demanda quel asile avait engendré pareil cinglé, une secte peut-être, un gourou esseulé cherchant désespérément un disciple obéissant. L’angoisse regagnant du terrain, elle fila vite dans l’escalier pensant qu’il ne fallait pas trop traîner dans le coin.

Mais à peine eût-elle descendue trois marches que deux mains griffues emprisonnèrent ses épaules dans un étau trop serré. La lumière des lampadaires se mit à tournoyer et la promeneuse se sentit dépossédée de toute consistance. Elle bascula sa tête en arrière car une masse semblait grandir en l’enveloppant d’une ombre lourde. Elle ne vit qu’un ventre monstrueux qui aurait pu l'héberger entièrement tant il lui parût démesuré. Le sol s’éloigna brusquement à des centaines de mètres, elle vit passer les premières voûtes des Arceaux avant de découvrir le dôme du château d’eau qui se rapprochait dangereusement. Là, un homme au bras levé apparût, précisément au sommet du dôme.

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La suite se trouve ici.

Publié dans Extraits de nouvelles

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Chana 20/09/2007 11:48

"glissant sur l'extase d'un souffle monotone"... j'ai adoré, c'est joliment dit et sacrément bien tourné. Merci pour ce texte si bien écrit. Bonne journée à toi Lyskald. Chana

Lyskald 20/09/2007 12:07

Merci beaucoup pour tes encouragements, dernière partie du récit dès demain. Bonne journée à toi aussi Chana!

kty 19/09/2007 21:52

c'est bien écrit ca ! bravo

Lyskald 19/09/2007 23:04

Merci Kty, je publierai la 3e partie demain. A bientôt!

Flo-Avril2 19/09/2007 16:26

J'ai beaucoup d'admiration envers ce que tu es capable de faire transcrire à travers 26 lettres.J'ai moi même écrit des contes pour enfants.AmitiésFlo

Lyskald 19/09/2007 18:09

Merci beaucoup ! J'écris des nouvelles depuis pas mal d'années et je sens que mon style s'affirme au fur et à mesure. je ne pourrais vivre sans écrire de toute façon. Les contes pour enfants, je n'en serai pas capable, cela demande une grande justesse pour rendre un récit accessible aux enfants et qu'il permette de les grandir .  Je te remercie de ta visite Flo. Bises, a bientôt!

nymphea:007 19/09/2007 14:53

J'ai peur....voilà !  bises!

Lyskald 19/09/2007 14:57

pas trop peur quand même? Bientôt la suite. Bises Nymphea

sumi 19/09/2007 14:06

Merci de ton aide le lien est super@+

Lyskald 19/09/2007 14:56

De rien, ce mot m'intriguait autant que toi^^