La chambre sans mot

Publié le par Lyskald

Cet extrait est issu d'une de mes nouvelles La chambre sans mot.  Ces nouvelles font partie d'un recueil qui j'espère sera disponible un jour où l'autre. Celle-ci a paru dans la revue Gothique et Fantastique La Salamandre, dirigée par Marc-Louis Questin, auteur de nombreux ouvrages notamment sur J.R.R. Tolkien.

Extrait: 


La Chambre Sans Mot

L’air est lourd. Le silence pesant. Le noir épais. J’ai la sensation étrange que rien n’est normal. Cette odeur… elle me remplit les narines jusqu’à la nausée. J’ai l’impression d’étouffer.
Dense. Moite. Mes sens ne peuvent me tromper, l’atmosphère n’est pas tranquille.

Je tâtonne doucement le sol, c’est de la terre compacte qui se colle à mes doigts. Allongé, j’essaye de lever mes bras vers le ciel mais ils ne s’étendent pas. Le plafond est à peine à trente, quarante centimètres de moi, constitué de quelques planches de bois. Elles sont humides et poisseuses, l’odeur vient de là, elles sont pourries et mal jointes, la même terre bourbeuse encombre les interstices.
Mon Dieu, je suis dans un tombeau. Mon cercueil ? Je suis mort… non, je respire ! Enterré vivant ? Je n’ai le souvenir de rien. Qu’est-ce que je fais là ? Pourquoi ? Pas le temps de comprendre, faut que je sorte de là ! Vite ! Je gratte la terre entre les planches. J’en ai plein le visage mais je continue, l’air doit se renouveler. Bientôt la fente se libère. Je vois de la lumière, très pâle, le noir n’est plus.
Avec mes mains, je tente de pousser les planches, elles bougent à peine. Alors, donnant sans relâche des coups de coudes et de genoux, je sens qu’elles tremblent et sont prêtes à céder. Mes muscles se crispent, mes membres sont blessés, je dois frapper encore jusqu’à ce que le plafond vole enfin en éclats. Je me lève promptement et découvre avec stupeur que mon caveau s’est seulement agrandi. Une pièce carrée, couverte de terre, cachant mal le vieux plancher pourri. Les murs pleins et sans issues sont en torchis et sur l’un d’eux à ma droite, une petite lanterne éclaire faiblement à la bougie mon nouveau cachot. Sa perspective est changeante, tantôt aiguisée par le clair-obscur, tantôt fondue dans le noir. Après le grand fracas de ma libération, le silence est retombé. Enfin pas complètement, je distingue un bruit d’eau qui goutte derrière moi, me retournant, j’aperçois effectivement qu’un coin du plafond est auréolé de perles, glissant sur de petites stalactites scintillantes.
 
Je suis perdu. Je ne comprends pas les indices de cet endroit. Tout est énigmatique. Comment puis-je sortir d’ici ? Il ne faut pas que je m’affole pourtant je sens l’angoisse grandir, l’angoisse de rester prisonnier et de mourir ici sans savoir quelle est cette dernière demeure. Je m’assois près de la lanterne, tente de contrôler mes craintes en fixant la frêle flamme. Elle danse doucement insouciante, indifférente de son rôle, ne comptant pas les heures qu’il lui reste à consumer. Elle se fout de deviner la réalité, elle est protégée dans sa cage de fer, comme moi à l’abri dans ma cave.

Publié dans Extraits de nouvelles

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nadia-vraie 12/09/2007 05:32

C'est casi épeurant lire ça surtout avant de se coucher.bye

Lyskald 12/09/2007 09:07

J'imagine oui! Ce n'est qu'un court extrait de la nouvelle pour donner une idée de ce que j'écrit. Merci d'avoir lu. A bientôt Nadia :)